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Hommage à FERNAND BIGNON
Lettre ouverte aux (futurs) argentistes
Les photographes sont tous C H A R L I E



 

Dans cette page, je vais essayer de vous faire prendre conscience d'un aspect capital pour la bonne photographie. Ce concept va à l'encontre de ce que la publicité des fabricants de matériel photographique nous acène depuis des décennies, de même, il va à l'encontre de la fureur du monde moderne et également à l'encontre de ce que la photographie numérique associée à l'internet a réussi à encrer dans notre façon de photographier aujourd'hui !...

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Bienvenue dans la zénitude en photographie... La vitesse tue...
Quelques recettes de photographie lente La patience est mère de réussite
On dit que le matériel n'est rien Et le sujet alors ?


BIENVENUE DANS LA ZÉNITUDE EN PHOTOGRAPHIE

En ce XXIème siècle, il serait grand temps d'envisager une révolution dans notre façon -que l'on nous impose- de voir la photographie !... Depuis les années 1980, le monde du matériel photographique n'a eu qu'une seule obsession : toujours plus, toujours plus vite... On a motorisé les boîtiers reflex petit format à 3, puis 5, puis 8 images/secondes, à combien en-est-on arrivé aujourd'hui ? 10 ? 20 ? Je n'en sais même rien... En plus, les buffers de nos boîtiers numériques sont gigantesques, nos cartes mémoires sont gigantesques, nos modems sont hyper véloces, donc, si on veut photographier aujourd'hui, il faut (et il suffit) de courir, de tirer une rafale de 100 images et de tout télécharger à la vitesse de la lumière vers les disques durs des réseaux sociaux. Conclusion : on ne regarde plus, on ne voit même plus ce qui nous entoure, on photographie comme les robots des sondes spatiales, sans savoir ce que l'on fait et on transmet tout direction la terre... il se trouvera bien quelqu'un d'autre pour faire le tri !... Mais où est la créativité, où est le plaisir dans tout cela ? Peut-on seulement encore parler d'acte photographique ? Je dirais bien que non !... Oh, je ne jette pas la pierre aux photographes numéristes, les argentistes ont également été pollués et réagissent pareillement (en moins pire puisque les films n'ont pas les capacités des cartes mémoires !...).

Faire de la photographie lente signifie simplement se sensibiliser à l'acte de photographier. Retrouver cet acte pur et, enfin, retrouver le plaisir de photographier, retrouver le plaisir de l'image créée, retrouver le plaisir de l'image regardée, retrouver le plaisir de revivre ses images en les observant !... Les philosophes de l'antiquité disaient déjà que le bonheur était de prendre conscience de ce que l'on fait au moment où on le fait... Ils avaient tellement raison... Prenons donc conscience, en composant nos images dans nos viseurs, que nous faisons de la photographie et que nous faisons de notre mieux pour faire de la bonne photographie ! Le photographie lente doit permettre de réfléchir sa photographie plutôt que de courir dans tous les sens, comme des déments... Elle permet d'arrêter ce mouvement qui met en danger aussi bien le photographe, que le sujet, que la photographie elle-même... La photographie lente offre la chance aux photographes argentistes, mais également numéristes (smartphonographistes également !) de penser leur photographie puisqu'il n'est nullement question de matériel, cela concerne autant les possesseurs s'appareils simples, de compacts, de reflex, de petit, de moyen ou de grand format, de polaroïd que de smartphone ou de tablette.

En photographie lente, la prise de conscience est la clé. Ce n'est pas parce qu'elle est dite lente que cette photographie impose de réfréner ses reflexes et sa rapidité de réaction face à l'évènement, elle n'impose pas la prise de vue posée, la nature morte et le paysage !... Par contre, elle nous impose de réfléchir et prévisualiser ce que sera notre future image plutôt que de shooter impulsivement !... Shooter à la va vite va nous clouer devant l'ordinateur dans l'espoir de sauver quelques clichés et ainsi nous mécaniser un peu plus, alors que la prévisualisation nous permettra de délaisser l'ordinateur au profit de la création et du plaisir de créer.

La photographie lente est un remède à la folie de la surenchère, aux diktats des médias, de la pub et de la télévision qui nous poussent à remplir les cartes mémoires et à ne même pas voir le vrai sujet intéressant que l'on a pourtant devant les yeux...

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LA VITESSE TUE

Cela pourrait être un slogan de la prévention routière, mais en photo, comme en voiture, si l'acte photographique n'est pas réfléchi, il peut mener à la catastrophe... J'ai déjà parlé dans une autre de mes pages d'exemples réels de photographes amateurs qui se sont fait tués par des animaux sauvages puisque l'obligation de shooter vite leur a fait oublier la plus minime des prudences... En s'adonnant à la photo lente, ces mêmes amateurs auraient cherché et trouvé des moyens sécuritaires de faire des images probablement meilleures que celles qu'ils auraient pu obtenir si leur accident n'avait pas eu lieu !...

Mais même sans parler de telles funestes extrémités, la photographie lente permettra de créer de superbes images de personnages auprès desquels on se sera humainement engagé alors que la photographie de grande consommation ne permettra d'obtenir, au mieux, que des images sans âme à la manière de celles des paparazzis...

Donc, même si la vitesse ne tue pas le photographe, elle tuera à coup sûr la qualité de ses photographies.

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QUELQUES RECETTES DE PHOTOGRAPHIE LENTE

Quelques grands noms de la photographie, pour ne pas dire tous (vu le nombre d'images non traitées accumulées et découvertes après le décès des auteurs), développaient leurs films et les abandonnaient plusieurs mois ou plusieurs années avant de décider de les tirer... afin de pouvoir murir inconsciemment la création de l'image finale... Bien sûr, cette recette ne peut être généralisée aux amateurs que nous sommes, trop impatients de découvrir les merveilles de nos shootings à peine achevés...

Si un sujet ou une situation vous surexcite, il y a 100% de chance de louper tout son shooting. Autant poser son matériel et se calmer avant d'envisager la prise de vue. Ralentir pour faire de la photographie lente...

Quand vous cherchez un sujet, ne courez pas dans tous les sens. Limitez les endroits de recherche au minimum, posez-vous, imprégnez-vous de ce qui vous entoure et après un certain temps, lorsque votre esprit sera bien ouvert et bien réceptif, des centaines de sujets vous apparaîtront là où, ne serait-ce qu'une demi heure plus tôt, vous n'aviez rien repéré. La photographie lente c'est explorer doucement et en profondeur les lieux et les gens... Mais j'en ai déjà parlé dans d'autres pages il me semble...

Ne vous focalisez pas sur les choses que vous adorez... Laissez-vous imprégner sans préjugé de ce qui se présentera à vous... ce sont ces sujets que vous réussirez le mieux...

Bien que je répète à longueur de pages qu'il faut toujours avoir un appareil avec soi, en photographie lente, c'est moins indispensable. Un bloc note ou un dictaphone pourront parfaitement retenir une chose ou un lieu qui vous aura interpelé et que vous pourrez retrouver à une autre occasion pour créer LA photo... Dans l'intervalle, l'image aura murie en vous...

Même quand vous aurez trouvé votre sujet, ne sautez pas sur votre boîtier (sauf s'il s'agit d'un sujet aussi intéressant que furtif !)... imaginez-vous faire de la photo avec une chambre photographique grand format. Une fois le sujet trouvé, il faut essayer de trouver le bon angle de prise de vue en essayant de prévisualiser la future image, il faut installer son trépied (oui, en grand format le trépied est de rigueur !), il faut se couvrir d'une couverture noire afin d'effectuer la mise au point au quart de poil, il faut déterminer son diaphragme en fonction de la profondeur de champ souhaitée, déterminer la vitesse (avec un posemètre à main !), installer sa plaque et, seulement, déclencher... C'est tout ce cheminement long et rigoureux qui fait que le nombre de clichés en grand format est faible et que leur qualité est grande !... Pour ceux qui ont la possibilité de faire du moyen format cubique, la démarche peut être exactement la même, pour tous les autres (utilisateurs de petit format argentique ou numérique ou de smartphones/tablettes) ce sera un peu plus compliqué puisqu'il faudra s'astreindre à imaginer tout ce cérémonial... croyez-moi, c'est très possible, c'est même très facile !... En plus, rien ne vous empêche d'utiliser un trépied même si ce dernier n'est pas indispensable, rien ne vous empêche de débrayer l'autofocus, rien ne vous empêche de débrayer les automatismes, rien ne vous empêche d'utiliser une exposition manuelle... et même avec un smartphone (avec lequel rien n'est débrayable), vous réussirez à faire de la photographie lente !... Et vous verrez une rapide amélioration de la qualité de vos photos...

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LA PATIENCE EST MÈRE DE RÉUSSITE

La photo, c'est la lumière, tout le monde sait cela. Une bonne lumière est déjà un sésame pour une bonne photo. Mais qu'y a-t-il de plus inconstant que la lumière ? En moins d'une heure on peut passer d'une lumière immonde à une superbe lumière et retomber dans l'horreur la plus totale. Pourquoi je vous dis cela ? Tout simplement pour vous expliquer pourquoi j'ai découvert (attention : je n'ai pas dit "inventé", quelqu'un a probablement inventé le concept, je ne sais pas qui, moi j'ai probablement réinventé le fil à couper le beurre et c'est tout !) et pourquoi j'ai commencé à pratiquer la photographie lente.

Il y a très longtemps, bien avant l'invention de la photographie numérique, au beau milieu de l'Irlande, en zonant sur ces chemins de muletiers qu'ils appelaient des routes, je tombe sur un superbe château construit sur les bords d'un lac. Nous étions en fin d'après midi, le vent soufflait fort, créant de jolies vaguelettes sur l'étendue d'eau, le ciel était lourd et très menaçant, le soleil encore assez haut dans le ciel créait un joli contre jour peut-être gérable sans HDR (au labo sous agrandisseur à l'époque !). Bien sûr je me suis arrêté, j'ai arpenté de long en large pour trouver une bonne composition et j'ai tiré 3 clichés. Tout heureux, de retour vers la voiture, je découvre que je n'étais pas seul sur le site. Un autre photographe avait installé son énorme chambre grand format (tout de bois précieux construite, avec un superbe soufflet rouge...) face à ce beau spectacle. Faisait-il des photos ? Non ! Confortablement installé sur un tabouret pliant type tabouret de pêcheur, il prenait plaisir à un petit goûté, café thermos et gâteaux secs au pied de son matériel. Ce photographe ne photographiait pas, il tuait le temps... C'est tout, j'ai été amusé par la scène mais sans plus. J'ai quitté les lieux. Quelques temps plus tard, de retour chez moi, course folle direction mon laboratoire... développement des films... découverte de 3 négatifs totalement sans intérêt d'un superbe château irlandais au bord d'un lac... des heures de travail sous l'agrandisseur pour obtenir... rien !... Et c'est là que la scène du photographe gourmand m'est revenue et ne m'a jamais plus quitté depuis (!!!)... il avait tout compris ce mec, il ne se contentait pas de prendre un café, il avait prévisualisé, il avait anticipé qu'avec le temps, le soleil allait descendre un peu, que le ciel menaçant allait masquer -au moins partiellement- ce soleil qui causait trop de contre jour au moment où j'ai shooté... Ce photographe avait pris le temps de perdre 1 heure, 2 heures, plus peut-être, et lui, a certainement ramené un superbe cliché... Étais-je bête à l'époque... j'aurais du essayer de m'approcher de lui, j'aurais du essayer de discuter avec lui, il m'aurait peut-être appris quoi faire face à ce superbe panorama en devenir, lui avec sa chambre, moi avec mon reflex petit format, on aurait peut-être pu avoir tous les deux un cliché nous apportant joie et fierté... lui a certainement affiché le sien dans son salon, moi, il ne me reste que ce souvenir amer !...

Et oui, tout cela pour vous faire comprendre que si tout photographe qui se respecte sait que son principal accessoire de prise de vue est une bonne paire de chaussures, il doit aussi s'équiper d'une bonne dose de patience. Étudier un sujet, étudier une composition c'est très bien, encore faut-il savoir étudier l'évolution de son sujet dans le temps, ne pas craindre de trainer des heures plus ou moins immobile en espérant que le sujet tel qu'on le prévisualise se présente, quitte a avoir perdu des heures pour rien, voilà le secret de la réussite. Cette expérience douloureuse a eu du bon, aujourd'hui la photographie lente fait partie de mon attirail de photographe amateur !...

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ON DIT QUE LE MATÉRIEL N'EST RIEN

Comme je l'ai souligné plus haut, la photographie lente n'est pas une question de matériel... elle se pratique avec absolument n'importe quel système permettant de créer une image. Bien sûr, les systèmes obligeant à prendre son temps sont mieux adaptés à ce style, mais il est possible de prendre son temps avec n'importe quoi.

Puisqu'il s'agit de mon site, je ne puis vous parler que de mon expérience... à moins qu'un de mes lecteurs souhaite faire partager sa propre expérience en la matière. Donc, personnellement, si j'ai pris conscience de l'importance de la photographie lente alors que je ne possédais qu'un reflex petit format argentique, ce n'est qu'à la découverte de mon premier reflex moyen format cubique que j'ai compris la quintessence de la photographie lente... En effet, même si la pratique du moyen format cubique est moins complexe que la pratique du grand format, sa mise en œuvre est assez proche !... Et, avec le temps, j'ai fini par prendre conscience que ce n'était pas tant la difficulté de mise en œuvre du boîtier qui inclinait à la photographie lente mais plutôt la gestion du trépied, quel que soit le boîtier fixé dessus !... Donc, je vais un peu contredire l'article précédent, en affirmant que la photographie lente n'est effectivement pas une question de matériel, sous entendu boîtier et objectif, mais une question de matériel complémentaire avec en première ligne le trépied !... Quel que soit le boîtier à votre disposition, essayez de le fixer sur un trépied et vous verrez que votre réaction photographique par rapport à votre boîtier sera très différente !... Et si, en plus, un jour, vous réussissez à vous convaincre d'oublier le posemètre de votre boîtier (s'il en est équipé) au profit de l'évaluation au pif (méthode du f/16 ou sunny-16 en anglais) ou, éventuellement, du posemètre à main (spotmètre ou posemètre en lumière incidente), là, vous serez en plein dans le cadre de la photographie lente... Comme quoi, tout dépend de peu de chose...

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ET LE SUJET ALORS ?

Qu'importe le sujet !... S'il n'existe pas de matériel limitant, il existe encore moins de sujet limitant dès lors que l'on souhaite s'engager sur la voie de la photographie lente !...

J'ai déjà évoqué dans un article antérieur l'exemple de la photographie de paysage qui se prête merveilleusement bien à la photographie lente, mais il est loin d'être le seul !...

Penons la nature morte. Une nature morte de qualité est très difficile à réussir. Tout doit être parfait pour qu'une nature morte fonctionne : l'éclairage, l'équilibre des ombres et des lumières, l'équilibre des masses, les textures, la composition, l'atmosphère générale etc... c'est dire pourquoi ce genre photographique n'attire que peu de candidats parmi les amateurs... Et bien, après ce que je viens de lister, on peut comprendre que la nature morte est LE sujet de prédilection de la photographie lente ! À tel point que même en utilisant le boîtier reflex numérique le plus véloce, il ne sera jamais possible de réussir une nature morte simplement en tirant une rafale d'une centaine d'images... Le trépied est obligatoire, le spotmètre est fortement recommandé, les études d'éclairages prennent des heures, la composition de la scène, totalement artificielle (créée de la main du photographe), demande également des heures de travail.

Mais ce n'est toujours pas fini : prenons la photographie de personnes. Qu'il s'agisse d'un portrait en studio, aussi travaillé qu'une nature morte, ou d'un portrait en pied en pleine nature, la photo volée pourra être drôle mais sera toujours sans intérêt !... On travaille avec un être humain, on n'est pas à la mine... il faut prendre le temps de faire connaissance, prendre le temps d'échanger des points de vue (ne serait-ce qu'au sujet des photos que l'on va créer ensemble)... Cette fois-ci le trépied n'est plus obligatoire, le posemètre déporté non plus, par contre utiliser la photo en rafale est le meilleur moyen de crisper son sujet (ne serait-ce que par le bruit causé par les chocs du miroir reflex) et donc de louper toutes les images... Il faut systématiquement créer un climat de confiance entre modèle et photographe pour réussir... et cela prend beaucoup de temps...

Quid de la photographie d'architecture ? Nous sommes presque dans le même cas de figure que dans le paysage, avec en plus une analyse très minutieuse à la recherche de l'absence de déformations des perspectives qui tueraient nos images. On peut faire de la photo d'architecture avec un reflex super rapide, mais malgré cela, il faut savoir prendre beaucoup de temps pour préparer son sujet...

La photographie de spectacle se doit d'être plus réactive. Certes. Mais là encore, si on doit avoir aiguisé nos reflexes pour réussir, il ne s'agit pas de tirer en continu, comme un malade, pour espérer réussir une image... Il faut prendre le temps d'analyser l'éclairage, les variations de ces éclairages, tant en couleur, qu'en intensité, qu'en direction... Il faut aussi suivre l'artiste de manière à éviter les grimaces disgracieuses, les visages cachés par les micros, et que sais-je encore... photographie lente indispensable.

Réfléchissez bien, quel que soit le style photographique, vous verrez que la photographie lente s'impose d'elle même. La photo sportive (et de reportage) ? Elles ne font pas exception... Même s'il est préférable d'utiliser des rafales impressionnantes pour espérer capturer l'instant magique, il devra systématiquement y avoir un long moment de recherche sur la configuration des lieux, sur sa localisation par rapport à l'action, sur les mouvements des sportifs dans l'espace, sur les difficultés d'éclairage, etc... Il est indispensable d'avoir des reflexes acérés pour réussir ce genre de photographies, mais il est également indispensable d'étudier à fond toutes les données de la scène où nous allons évoluer...

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